Dire non à un projet, pour une freelance, ça ressemble à une hérésie. Un devis refusé, c’est du chiffre d’affaires en moins. Pourtant il m’arrive de décliner si le site demandé ne servirait pas la personne qui me le demande.
Le site qui ne devait contenir aucun texte
Il y a quelques mois, une personne m’a contactée pour la création de son site. Elle se lançait dans la médecine esthétique, un secteur plutôt concurrentiel dans sa région.
Sa demande était très claire : un site sans aucun texte. Uniquement des photos de ses réalisations qui défilent.
Visuellement, j’imaginais très bien le résultat. Quelque chose d’épuré, d’esthétique, de joli. Mais plus j’y réfléchissais, plus une question revenait : à quoi ce site allait-il lui servir ?
L'erreur de privilégier l'esthétique
Un site internet n’est pas une vitrine qu’on pose quelque part en espérant que les passants s’arrêtent. Il doit avoir une finalité autre qu’avoir un site « pour faire pro ». Pour être utile et in fine rapporter des clients, il doit remplir au moins une de ces deux missions : être trouvé, et convaincre une fois trouvé.
Ici, il n’en remplissait aucune si je suivais la demande de cette personne.
- Il serait resté invisible. Google ne « voit » pas vos photos comme vous les voyez. Il lit du texte : des titres, des descriptions, des noms de prestations, une ville. Sans contenu, il n’a rien à référencer. Pour une professionnelle qui se lance, sans nom encore connu, c’était se priver de la seule façon d’être trouvée par des gens qui ne la connaissent pas. Autrement dit, à part en tapant directement son nom sur Google, on ne la trouverait jamais sur des mots-clés comme « médecin esthétique Annecy » par exemple.
- Il n’aurait rien appris aux visiteurs. Une personne qui envisage un soin esthétique a des questions : quels soins sont proposés, comment se déroule une séance, qui va s’en occuper, où se trouve le cabinet, comment prendre rendez-vous. Ce sont des clients qui ont besoin d’être rassurés avant leur première consultation. Des photos qui défilent ne répondent à aucune de ces questions.
- Il ne l’aurait pas distinguée de la concurrence. Dans un secteur concurrentiel et d’autant plus dans la médecine, ce qui fait la différence c’est souvent la confiance. Et la confiance passe par les mots : une approche, un parcours, une façon de travailler. Sans eux, elle aurait été un cabinet parmi d’autres.
Ce que je lui ai proposé à la place
Je ne lui ai pas simplement dit non. Son besoin était réel, mais l’outil du site internet n’était pas le bon pour y répondre.
Elle souhaitait montrer son travail en images. Il existe un outil fait pour ça : Instagram. Gratuit, pensé pour le visuel, et surtout là où sa clientèle passe déjà du temps.
Pour être trouvée localement, je lui ai recommandé une fiche Google Business Profile (anciennement Google My Business). C’est elle qui apparaît quand quelqu’un cherche un médecin esthétique « près de chez moi », avec l’adresse, les horaires, les avis et quelques photos.
Ces deux outils répondaient à sa demande bien mieux qu’un site. Et le jour où elle aura envie de détailler ses soins, de rassurer et de se positionner, le site aura toute sa place.
Les autres situations où je dis non
Cette histoire n’est pas un cas isolé. Voici les raisons qui me poussent le plus souvent à décliner un projet.
- Le site ne servirait pas votre objectif. Comme ici : quand un autre outil répond mieux à votre besoin, je préfère vous le dire avant que vous n’investissiez.
- Le projet sort de mon champ d’expertise. Je conçois des sites web. Pour une application mobile complexe ou une identité visuelle complète, d’autres le feront mieux que moi et je peux vous orienter vers des contacts de confiance.
- Le délai est irréaliste. Un site en ligne en dix jours, sans contenus prêts, c’est la garantie d’un résultat bâclé. Je préfère décaler que livrer quelque chose dont nous ne serions fiers ni l’un ni l’autre.
- Le budget ne correspond pas au besoin. Ce n’est pas une question de petit budget : c’est quand le besoin exprimé demande bien plus que ce qui est prévu. Dans ce cas, je propose souvent une version plus simple, à faire évoluer ensuite.
Pourquoi un non peut être une bonne nouvelle
Un prestataire qui accepte tout ne vous rend pas forcément service. Il vous facture un site, mais il ne vous garantit pas que ce site vous apportera quoi que ce soit.
En tant que professionnelle, j’estime avoir un devoir de conseil envers un client potentiel : parfois, cela se traduit par la recommandation d’un autre outil, d’un confrère plus adapté, d’une version plus simple, ou simplement un « pas maintenant » si votre entreprise n’est pas assez mûre. Vous repartez avec une piste et sans avoir dépensé d’argent dans un outil qui ne vous aurait pas servi.
C’est aussi ce qui donne du poids à mes oui. Quand j’accepte un projet, c’est que je crois qu’il peut vraiment vous aider.
On en discute ?
Un site internet n’est pas une fin en soi. C’est un outil, et il n’a de valeur que s’il répond à vos objectifs : être trouvé, informer, rassurer, convaincre.
Vous avez un projet et vous vous demandez si un site est vraiment la bonne réponse ? C’est exactement le genre de question dont on peut parler lors d’un appel découverte gratuit. Et si la réponse est non, je vous le dirai !
